Les Prières froides
Note Ceux qui ont fini
statut rédigé
palier 3-4
duree une séance longue
insertion arc III après la séance 13, ou arc IV avant la séance 17
terrasse La Haute Terrasse — le faubourg Glauque
themes sensibles toilette mortuaire décrite en détail · agonie d'une personne consentante et lucide · interruption de funérailles · consentement d'un mort violé pour une bonne raison · remise en cause frontale de ce que font les PJ depuis le début

Scénario hors arc · palier 3-4 · une séance longue En une phrase
Les PJ ont besoin d'une morte qui ne répondra pas — et la confrérie funéraire qui l'a lavée sait parfaitement pourquoi, le fait exprès depuis trois générations, et considère que c'est le seul cadeau qu'on puisse encore faire à quelqu'un.
Ce que le scénario est
C'est la séance des Muets , et le mot n'y est pas prononcé.
Il n'y a rien à découvrir : les PJ comprennent en une scène ce qui se passe. Ce qu'ils rencontrent ensuite, c'est quelqu'un qui a compris avant eux, qui a fait le calcul, et qui a choisi l'autre réponse — et qui va le leur expliquer calmement, en leur lavant les mains à l'eau chaude.
Contexte pour le MJ seul : ../univers/le-galdr.md §2, article V. Ce document ne le cite plus jamais.
Où l'insérer
Fin d'arc III , ou arc IV avant la séance 17.
Ce que le scénario donne à l'arc IV : la répétition générale, sur une inconnue.
L'arc IV demande aux PJ s'ils sont prêts à faire à une enfant quelque chose qu'elle n'a pas demandé. Cette séance-ci pose exactement la même question, quatre jours plus tôt, sur une femme de soixante-huit ans qui a signé un papier pour dire non.
Un groupe qui a joué ça arrive à la séance 18 avec un précédent. Le MJ le lui rappellera d'un mot.

⚠ Avant de jouer
Une toilette mortuaire décrite en détail. Une femme lucide qui organise sa propre mort et qui en parle bien. Des funérailles qu'on peut interrompre. Et une remise en cause frontale, argumentée, et difficile à réfuter de ce que les PJ font depuis la première séance.
Prévenir la table : ce scénario attaque la vocation des personnages, pas leur morale. Il ne les accuse de rien. Il pose une question qu'ils n'ont jamais posée, et il ne la referme pas.

Ce qui est vrai
Section MJ.
Le faubourg Glauque
Adossé à la Haute Terrasse, sous les beaux murs : le quartier des gens qui servent le pouvoir et qui ne dorment pas dedans. Lingères, porteurs d'eau, ravaudeurs, cuisiniers, valets de couloir. Trois mille personnes, aucune guilde riche, et une seule institution qui tienne : la confrérie du Dernier Bain.
La confrérie du Dernier Bain
Une confrérie funéraire, comme il en existe cent à Laelith. Neuf frères et sœurs, une salle voûtée, deux tables de pierre, une citerne. Ils lavent les morts du faubourg, tous, gratuitement, depuis trois générations.
Ce sont, sans concurrence, les gens les plus doux de la campagne. Ils travaillent lentement, ils parlent bas, ils ne font jamais payer, ils viennent chercher les corps à n'importe quelle heure. Le faubourg les aime comme on aime une chose qui a toujours été là.
Le Bain
Trois gestes. Aucun n'est magique et personne n'y voit rien d'étrange.
1.
On lave , à l'eau de leur citerne, longuement, à deux, par le haut puis par le bas.
2.
On dit la vie , à voix haute, du début à la fin, dans l'ordre. Tout. Ce qu'elle a fait, ce qu'elle a raté, qui elle a aimé, ce qu'elle disait le matin. Ça prend des heures. Tous ceux qui l'ont connue viennent et ajoutent ce qui manque , et on ne s'arrête pas avant que plus personne n'ait rien à ajouter.
3.
On dit son nom une fois. Puis plus jamais.
C'est de très belles funérailles. Il faut les jouer comme telles : c'est un des seuls moments de la campagne où quelqu'un est complètement, patiemment, publiquement aimé.
Et le MJ n'explique jamais pourquoi ça marche. Il le montre.
Ce que ça fait
Un mort passé par le Bain ne peut plus être veillé. Pas un fil coupé, pas un fil sale : rien. Il n'y a personne.
Depuis trois générations, tous les morts du faubourg Glauque — trois mille personnes, environ quatre-vingts par an — sont sortis de portée de qui que ce soit.
Onfroy Belin
Soixante-quatorze ans. Doyen de la confrérie. Et Veilleur , comme les PJ, depuis l'âge de dix-neuf ans.
C'est lui qui a compris, il y a quarante ans, ce que faisait le Bain. Il n'a pas prévenu la confrérie, il n'a pas essayé de l'arrêter, et il n'est pas parti.
Il est resté et il a appris à laver.
Il ne le cache pas aux PJ : il les reconnaît à la porte, en trois secondes, à des choses qu'ils ne savent pas montrer. Il a un mot pour le moment où un liseur de morts s'aperçoit qu'il n'y a personne au bout et ne bouge plus — il appelle ça le temps de la main , il l'a vu faire une douzaine de fois, et il le dit sans méchanceté.
Son argument
Il le déroule une seule fois, sans élever la voix, en lavant quelque chose.
« Vous les appelez. Bon. Et ensuite ?
Ensuite vous les mettez dans votre main. Vous vous en servez. Vous les rangez au caveau, vous les ressortez quand vous en avez besoin, et vous les remettez. Vous les dépensez.
Je ne dis pas que vous êtes cruels. J'en ai appelé pendant vingt-deux ans, moi aussi, et je ne l'étais pas.
Je vous pose une seule question et je ne vous la reposerai pas.
Quand vous mourrez — les vôtres, ils vont à qui ? »
Le MJ ne répond pas et ne fait répondre personne. Il n'y a rien d'écrit là-dessus nulle part dans cette campagne, et c'est parce que personne n'y avait pensé.
La fenêtre
Le Bain n'est pas instantané : c'est le récit complet qui achève la chose. Tant qu'il reste quelque chose à dire d'une personne, il reste quelque chose à appeler.
Un corps dont la vie n'a pas fini d'être dite peut encore être veillé. Mal, brièvement, et il faut interrompre.
Cette fenêtre est la seule ouverture du scénario, et elle a un prix évident.
Ce que les PJ sont venus chercher
Idelette Quenne , soixante et onze ans, lingère au palais pendant quarante ans. Elle portait le linge dans des pièces où des gens parlaient et où on ne la voyait pas.
Elle est la seule personne qui puisse dire qui était dans une pièce, un soir précis — le MJ raccorde ça à ce que son arc III a produit : le registre, le martyre, la crypte, l'ordre signé.
Elle est morte il y a trois jours. Le Bain a été fait avant-hier.

Acte I — Le temps de la main 1. Idelette
On les mène à la fosse commune du faubourg sans difficulté : personne ici ne cache ses morts, il suffit de demander, et un gamin les accompagne en bavardant.
La Veille se joue en entier, normalement, avec les jets habituels. Elle réussit.
Et il n'y a personne.
Vous faites ce que vous faites depuis dix-huit séances. Le geste est le bon. Rien ne résiste, rien ne se dérobe, rien ne fait mal.
Il n'y a pas de fil.
Pas coupé. Pas sale. Pas là.
Vous restez la main posée un moment, parce qu'on ne croit pas ce genre de chose du premier coup.
Le MJ laisse le joueur recommencer. Une fois, deux fois. Aucun jet supplémentaire n'est demandé et aucun ne servirait. *(Chaque tentative : 1 Souillure .)*
2. Le gamin
Il regarde. Il ne s'étonne pas. Il finit par dire, poliment, qu'ils devraient aller voir la confrérie parce que c'est eux qui s'occupent de ça.
Il a onze ans et il a dit ça comme on indique une administration.
Acte II — La salle voûtée 3. On les attend
Onfroy les fait entrer, les fait asseoir, leur fait donner à boire. Il leur lave les mains à l'eau chaude — c'est l'usage, on ne rentre pas d'une fosse sans se laver — et il le fait lui-même, ce qui est un honneur, et il en profite pour les regarder de très près.
Puis il dit qu'il sait ce qu'ils sont, qu'il ne le dira à personne, et qu'ils ont l'air fatigués.
Il ne ment pas une seule fois de tout le scénario. Il répond à tout. Il montre tout. Il propose même de leur faire visiter.
4. Ce qu'ils voient
Les deux tables de pierre , tièdes parce qu'on chauffe l'eau juste à côté.
La citerne. Un PJ porteur d'un tesson le sent tiédir (`../regles/la-cendre.md` §3) . Onfroy le voit faire, ne commente pas, et lui ressert à boire.
Le registre. Trois générations de noms, chacun écrit une seule fois , à l'encre, et jamais répété nulle part ailleurs. Il est tenu magnifiquement.
Ozanne , dix-neuf ans, la plus jeune. Entrée pour le salaire et les repas. Elle commence à réfléchir à ce qu'elle fait et elle est le seul personnage du scénario qui puisse changer d'avis.
5. L'argument
Voir plus haut. À jouer une fois, entièrement, sans interruption du MJ, et sans réplique préparée pour les PJ.
Si un joueur trouve une bonne réponse, elle est bonne. Onfroy l'écoutera vraiment, il en tiendra compte, et il ne changera pas d'avis — parce qu'il a quarante ans de pratique et que ce n'est pas un débat, c'est un métier.
6. Ce qu'ils refusent
Rien, sauf une chose : on ne défait pas un Bain. Ce n'est pas une règle morale, c'est une constatation — on ne peut pas -dire une vie qui a été dite.
Onfroy le dit sans triompher. Il ajoute, parce qu'il est honnête et qu'il sait où ça mène :
« Ce qui n'est pas fini n'est pas fini, évidemment. Mais vous ne ferez pas ça. »
Acte III — Jaquemine 7. Elle meurt cette nuit
Jaquemine , soixante-huit ans, sœur de la confrérie depuis trente ans. Elle a lavé quatre cents personnes. Elle est en train de mourir chez elle, lucide, sans douleur violente, entourée.
Elle a commencé son propre Bain en avance. Elle raconte sa vie depuis quatre jours, dans l'ordre, à ceux qui viennent, pour être sûre que ce soit complet. Elle en est à ses trente ans.
Elle reçoit les PJ. Elle est contente d'avoir de la visite. Elle leur demande d'où ils sont, ce qu'ils font, s'ils ont mangé.
Et si on lui pose la question, elle répond sans se troubler :
« Je sais très bien ce que vous êtes, mon petit. Onfroy me l'a dit ce matin.
Ne prenez pas cet air. Vous croyez que je vous en veux ? J'ai lavé quatre cents personnes et j'ai dit quatre cents vies, et il n'y en a pas une que j'ai trouvée mal remplie.
Simplement, la mienne, je voudrais qu'elle soit à moi jusqu'au bout. Ça se comprend, non ?
Vous en avez, vous, dans votre poche, des gens qui n'ont pas eu le choix. Je ne vous juge pas. Je dis juste que moi, on m'a demandé. »
Elle a signé un papier. Il est chez le frère aîné, en règle, avec deux témoins. C'est le seul document de la campagne où quelqu'un a écrit noir sur blanc qu'il refusait d'être veillé.
8. La fenêtre s'ouvre
Elle meurt vers deux heures. Le Bain commence à l'aube. Il durera jusqu'au soir , parce que trente ans de confrérie, ça fait beaucoup de monde à écouter.
Les PJ ont la journée. Ils peuvent :
entrer et interrompre , c'est-à-dire arrêter neuf personnes en train de dire à voix haute la vie d'une femme qu'elles ont aimée, au milieu d'une phrase ;
la veiller là , tout de suite, mal, avec ce qui reste — elle vient, brièvement, et elle sait ce qui vient de lui être fait ;
ou repartir.
Si les PJ la veillent : ils obtiennent, en prime, ce qu'ils étaient venus chercher. Jaquemine a lavé Idelette Quenne il y a trois jours et elle a entendu toute sa vie , y compris le soir et la pièce et les gens dedans.
Le renseignement est complet, exact, et immédiatement utilisable. C'est le pire cadeau de la campagne , et il faut le donner sans un mot de commentaire.

Les fins
Aucune n'est propre. Le MJ n'en recommande aucune.
Ce que le groupe fait
Ce qui reste
Interrompre et veiller Jaquemine
Ils ont leur renseignement et l'arc III avance. Le faubourg Glauque saura dans la journée ce qu'ils sont et ce qu'ils ont fait. Bûcher −3. Onfroy ne les dénoncera pas et ne leur adressera plus la parole. Ozanne, elle, part avec eux — elle a vu deux façons de faire et elle a choisi.
Repartir sans elle
Rien. Aucun renseignement, aucune piste, une séance entière pour rien. C'est une fin honorable et le MJ ne doit pas la punir : la scène suivante de l'arc III se joue sans l'information, plus difficilement, et c'est tout.
Négocier avec Onfroy
Il n'a rien à donner. Mais si les PJ lui demandent quelque chose d'autre que des morts — un abri, une porte, un silence, un jour de retard —, il dit oui à peu près à tout , et il tient. La confrérie devient le meilleur contact du groupe sur la Haute Terrasse.
Faire fermer la confrérie (par le Crâne, par la guilde, par la garde)
Faisable, ils n'ont aucune protection. Le faubourg perd ses funérailles. Quatre-vingts morts par an redeviennent disponibles pour qui sait faire. Ferveur +1 — les gens retournent au Temple, faute de mieux.
Fin
Le soir, la salle voûtée est rangée. Les tables sont sèches. Quelqu'un a ouvert la porte pour aérer.
Sur le registre ouvert, à la dernière ligne, il y a un nom écrit une fois, à l'encre, d'une écriture soignée.
Personne dans cette pièce ne le dira plus jamais à voix haute. Ils s'en souviennent tous parfaitement.
C'est la différence, et c'est toute la différence, et personne ne vous l'expliquera.

Discipline de MJ
1.
Ne jamais nommer. Ni ce que fait le Bain, ni pourquoi. Onfroy lui-même n'a pas de théorie : il a une observation de quarante ans et il s'en contente.
2.
Jouer la confrérie comme des gens bons, parce qu'ils le sont. Aucun secret honteux, aucune cave, aucun cadavre en trop. Ils lavent des morts gratuitement depuis trois générations.
3.
Ne pas donner de contre-argument aux PJ. La question d'Onfroy — les vôtres, ils vont à qui ? — n'a pas de réponse écrite dans cette campagne. Ne pas en inventer une à la table.
4.
Ne pas faire de Jaquemine une sainte ni une victime. Elle est de bonne humeur, elle pose des questions, elle offre à boire. C'est ce qui rend la scène insoutenable.
5.
Si les PJ interrompent le Bain, jouer l'interruption en entier. Qui parlait. Quelle phrase. À quel endroit de sa vie elle en était. Ne pas couper au montage.
6.
Ne pas résoudre. Rien dans ce scénario ne dit qui a raison, et le MJ n'a pas d'avis.
Ce qu'il ne faut pas faire
Faire d'Onfroy un fanatique, un manipulateur, ou un ancien Veilleur amer. Il va très bien.
Rendre le Bain occulte : pas de chant bizarre, pas de symbole, pas de langue morte. On lave, on raconte, on dit le nom une fois.
Punir mécaniquement les PJ qui violent le refus de Jaquemine. Le Bûcher suffit. Le reste est entre eux et eux.
Offrir un moyen de « rendre » un esprit. Il n'y en a pas dans cette campagne, et c'est exactement ce qu'Onfroy a remarqué.

Comptes à rebours
Compteur
Mouvement
Ferveur
Inchangée , sauf si la confrérie est fermée : +1 , parce que le faubourg n'a alors plus que le Temple.
Bûcher
−3 si les PJ interrompent le Bain en public. −1 s'ils se contentent de veiller à la fosse et qu'on les voit. +1 si Onfroy décide de les couvrir, ce qu'il fera s'ils repartent les mains vides.
Rues froides
+1 si la confrérie ferme.
Adversaires
Aucun. Ni prévu, ni possible : la confrérie compte neuf personnes dont la plus jeune a dix-neuf ans et la plus vieille meurt cette nuit.
../bestiaire/brigade-spirituelle.md ×4 (uniquement si les PJ font fermer la confrérie et restent dans le quartier) .
Si ce scénario tourne au combat, il a raté , et il n'y a rien à sauver de la séance.
Actes de Peur
1 Peur : un des esprits d'un PJ ne vient pas quand on l'appelle dans la salle voûtée. Il vient à la scène suivante, normalement, sans explication.
1 Peur : Ozanne demande à un PJ, très simplement, ce que ça fait d'en avoir.
2 Peur : Onfroy nomme, correctement, le Prix d'un PJ — le mort de la création, celui qui ne répond jamais. Il ne le devine pas : il le voit, comme il voit le reste. Il demande si ça fait longtemps.
3 Peur : au milieu du Bain de Jaquemine, quelqu'un raconte un épisode de sa vie où un PJ apparaît . Une rencontre de trois minutes, il y a des années, dont le PJ n'a aucun souvenir et qu'elle a racontée à tout le monde pendant trente ans.
Corruption & Veille
Chaque tentative de Veille sur Idelette : 1 Souillure , sans résultat. Les joueurs recommenceront. Laissez-les.
Veiller Jaquemine dans la fenêtre : ça marche. Aucune Souillure supplémentaire, aucun malus, aucune sanction mécanique. La règle ne punit pas.
On ne peut pas veiller Onfroy — il est vivant, et il a de l'humour là-dessus.
Boire l'eau de la citerne : 2 Souillure . Personne ne prévient : c'est l'eau de la maison, on en offre à tout le monde, et les neuf frères en boivent depuis toujours.
Ce que le scénario laisse derrière lui
1.
La question d'Onfroy , sans réponse : quand vous mourrez, les vôtres, ils vont à qui ?
2.
Un papier signé avec deux témoins , respecté ou non, et le groupe sait lequel.
3.
Ozanne , dix-neuf ans — partie avec eux, restée là-bas, ou nulle part.
4.
Le registre du faubourg Glauque : trois générations de noms écrits une seule fois.
5.
Un contact exceptionnel sur la Haute Terrasse , si et seulement si les PJ sont repartis sans rien.
6.
Et, à la séance 18, un précédent . Le MJ n'a qu'un mot à dire.
Notes d'après-partie
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