Les Prières froides
Note Ça ne gratte pas
statut rédigé
palier 3-4
duree une séance
insertion après `hors-arc-on-ne-dit-rien-a-la-famille.md` — arc IV, ou dans la même période
terrasse La Main qui travaille — un quatrième étage ; et un atelier de la Prospérité
themes sensibles une femme qui se ruine les mains et les yeux pour un secret qu'elle n'a pas le droit de dire · une mère qui sait depuis des mois et qui a choisi de se taire · demander à quelqu'un la permission d'arrêter de faire semblant

Scénario hors arc · palier 3-4 · une séance En une phrase
Soixante chasseurs sur deux cent quarante portent aujourd'hui un masque qui leur va, parce qu'une couturière à façon du quatrième étage les fait asseoir quatre minutes et prend leurs mesures — et elle le fait de nuit, en infraction avec la corporation des masquiers, parce que c'est la seule manière qu'elle ait trouvée de s'occuper de son fils sans lui dire qu'elle sait.
Ce que le scénario est
C'est la séance où quelqu'un fait quelque chose de franchement bien, et où le prix est uniquement le sien.
Il n'y a ni bête, ni miasme, ni trahison, ni dilemme moral à double fond. Il y a une femme de quarante-quatre ans qui a résolu, seule et par son métier, le problème de sécurité le plus meurtrier de la profession — et qui ne peut pas le dire, ne peut pas le déclarer, ne peut pas le vendre au grand jour, et ne peut surtout pas expliquer pourquoi elle a commencé.
La révélation, et où elle se place
Sédile sait ce que fait son fils, et elle le sait depuis des mois.
Elle l'a compris comme n'importe quelle mère : il se lave à la fontaine avant de monter et il change de chemise dans l'escalier. Elle n'a rien dit, parce que le dire l'obligerait à lui mentir en face , et qu'elle a décidé qu'elle préférait être trompée confortablement que douloureusement.
C'est pour ça qu'il faut jouer ce scénario après hors-arc-on-ne-dit-rien-a-la-famille.md : les deux renseignements qu'elle y donne « sans y penser » — le dé à coudre perdu à l'automne, la date où sa fille a cessé de dormir — étaient exactement les deux que les PJ cherchaient , et elle est retournée à sa couture.
Elle ne le confirmera jamais.
Où l'insérer
Arc IV, ou dans la même période que les scénarios Fromond , et après celui de Mahiette.
Il se joue aussi bien si les PJ n'ont jamais dénoncé Fromond — dans ce cas il est copiste, il va bien, et sa mère fait quand même les masques , parce qu'elle a commencé par le sien du temps où il travaillait au bureau et que ça a pris tout seul. Une seule ligne change : l'acte III perd son tranchant, et le scénario reste bon.
⚠ Avant de jouer
Thèmes en tête de fichier. Un seul mérite une phrase :
il y aura une femme qui demande la permission d'arrêter de faire semblant , et un joueur devra répondre.

Ce qui est vrai Le masque du bureau
Cuir bouilli, une taille, un tampon de tissu, une lanière qui coupe derrière l'oreille. Deux journées à l'achat, deux journées d'amende si on le perd.
Il gratte. Tout le monde le dit, personne n'y peut rien, et c'est un détail sans importance sur lequel repose une part de la mortalité de la profession : les hommes le relèvent au bout de deux heures, ou l'ôtent une minute pour se frotter la joue.
Renaud Sesque est mort comme ça (`../bestiaire/le-confrere.md`) . Ce n'est pas une image : c'est écrit sur sa fiche.
Et personne n'a jamais fait le lien, parce que la raison pour laquelle un masque protège n'est pas celle que l'ordonnance croit (`../univers/le-miasme.md` §6) .
Ce qu'elle fait
Elle prend la mesure.
C'est tout. Il n'y a ni matériau nouveau, ni technique, ni secret : elle fait asseoir l'homme, elle mesure — pommettes, arête, écart des yeux, tour de tête, hauteur d'oreille — et ça prend quatre minutes. Ensuite elle coud une doublure matelassée à la forme, et une lanière à deux points d'attache au lieu d'un.
Le masque tient. Il ne coupe pas. Il ne gratte pas. On le garde huit heures sans y penser.
C'est de la couture à façon, c'est-à-dire son métier exact, appliqué à un objet qui n'est pas de son métier.
Combien
Elle a commencé par celui de son fils, l'hiver dernier. Elle l'a refait quatre fois.
Un camarade l'a vu. Puis deux. Elle en a fait soixante en dix mois , à raison de deux ou trois par semaine, la nuit, après sa journée de façon. Une journée pièce — moitié moins que le bureau.
Les chasseurs ne disent pas « un masque de Sédile » . Ils disent : « va au quatrième chez la couturière, celui-là ça ne gratte pas. »
Le livre
Elle tient un cahier de mesures. Soixante faces, avec le nom, la date, et les sept chiffres.
Elle s'en sert pour les retouches et pour ne pas recommencer quand un homme revient.
Note de MJ, à ne jamais exploiter. C'est une liste de soixante chasseurs sous licence, avec leurs noms, tenue par quelqu'un que personne au monde ne penserait à interroger. Le MJ la mentionne une fois, dans la description de la pièce, et ne s'en sert jamais.
Ce que ça coûte
Ses mains et ses yeux.
Elle a quarante-quatre ans, vingt ans de façon derrière elle, et depuis dix mois elle coud trois heures de plus par nuit à la chandelle. Elle a commencé à tenir l'ouvrage plus près , et elle s'arrête plus souvent pour se frotter le pouce.
Sa fille l'a remarqué. Sa fille remarque tout.
Ce n'est pas une maladie et ça ne se soigne pas : c'est un métier fait trop longtemps dans une mauvaise lumière. Au rythme actuel, elle a moins d'un an de couture fine devant elle.
Elle le sait parfaitement. Elle n'en parle à personne et elle a arrêté de compter.
L'infraction
Une couturière à façon coud à la commande sur fourniture. Elle ne fabrique pas et ne vend pas d'ouvrage fini d'un autre métier.
Les masques relèvent des masquiers de la Prospérité — une corporation ancienne, respectée, dont les pièces sont des œuvres d'art et dont le Crâne se sert comme d'instruments thérapeutiques (canon, lael_01 p.110) .
Ce qu'elle fait est une contravention ordinaire, bien réelle, et qui se règle par une amende et une interdiction. Ça n'a rien de dramatique. Ça suffit à tout arrêter.

Acte I — Le quatrième étage 1. Comment ils l'apprennent
Trois entrées, une seule :
Un chasseur du bureau en parle en mangeant, sans y attacher d'importance : « celui-là ça ne gratte pas, va voir la couturière au quatrième. »
Lestang , qui le sait, qui n'a rien déclaré, et qui a arrêté de vendre les masques du bureau aux nouveaux depuis trois mois. Il ne dira pas pourquoi.
Un PJ va s'en faire faire un , tout simplement, parce qu'il a le sien depuis deux ans et qu'il gratte.
2. Se faire mesurer
Jouez la scène en entier. C'est le cœur du scénario et il ne se passe rien.
Elle fait asseoir le PJ près de la fenêtre, pour la lumière. Elle demande de ne pas parler pendant qu'elle mesure. Elle prend sept chiffres, les note, les relit à voix haute. Elle demande si le personnage dort du côté droit ou gauche — parce que ça change l'oreille qui supporte.
Quatre minutes de silence pendant lesquelles quelqu'un s'occupe d'un PJ avec compétence et sans rien attendre.
C'est le fragment de beauté, il dure quatre minutes de temps de table, et il faut le laisser durer.
3. Ce qu'un PJ peut voir dans la pièce
Trois choses, s'il regarde :
Le cahier de mesures , ouvert, soixante noms.
La chandelle , très près de l'ouvrage, et une seconde allumée à côté alors qu'il fait jour.
Un masque sur la table , refait quatre fois, qui n'est de la mesure de personne dans ce cahier. C'est celui de Fromond. Il est le seul à ne pas y figurer.

Acte II — Maître Vaslin
Ogier Vaslin , masquier, cinquante-huit ans, atelier à la Prospérité. Il monte les quatre étages et il n'est pas content de les avoir montés.
Il vient dans son droit et il l'expose correctement : contravention, amende, cessation. Il a préparé son affaire, il a une pièce écrite, il n'élève pas la voix.
Puis il prend un masque et il le regarde.
Et à partir de cet instant, il n'est plus un homme de corporation : c'est un artisan de cinquante-huit ans qui tient dans les mains un objet mieux fait que les siens pour un usage auquel il n'avait jamais réfléchi.
« Vous prenez la mesure. »
« Oui. »
« Nous, on fait des tailles. On en fait trois. » — un silence — « On fait des masques depuis quatre cents ans et on fait trois tailles. »
Ce qu'il propose
Sérieusement, sans condescendance, et c'est une bonne offre :
L'inscrire. Apprentie à quarante-quatre ans, ce qui est irrégulier et qu'il obtiendra. Un poste à l'atelier, à la lumière, avec une table et une fenêtre. Le bureau des bêtes commande deux cent quarante masques par an et il paiera le tarif.
Plus de masques, meilleurs, légaux, payés. Et elle ne coud plus la nuit — ce qui lui rend peut-être cinq ans de vue.
Pourquoi elle ne peut pas
Un masquier inscrit travaille à l'atelier, sur commande, avec un registre.
Ce qui veut dire : plus de masque fait à part, la nuit, pour quelqu'un qui n'est sur aucune liste. Et pour justifier une exception, il faudrait dire pour qui.
C'est-à-dire dire à voix haute ce que fait son fils.
Vaslin ne comprend pas son hésitation et il la prendra pour de la fierté d'artisan. Il repassera dans huit jours. Il est de bonne foi de bout en bout.

Acte III — La question
Elle la posera à un PJ, seule, un soir, sans préambule, en cousant — elle ne s'arrête pas de coudre pendant qu'elle la pose.
« Est-ce qu'il en a besoin ? »
Elle connaît la réponse. Elle sait ce que fait son fils depuis des mois. Ce qu'elle demande n'est pas un renseignement : c'est la permission d'arrêter de faire semblant.
Un PJ qui répond oui lui donne quelque chose qu'elle ne peut pas se donner toute seule, et enfreint la troisième règle du bureau pour la seconde fois de la campagne.
Un PJ qui esquive lui rend le silence, poliment, et elle n'insistera pas et ne redemandera jamais.
Ce qu'elle ne fera pas
Elle ne pleurera pas, elle n'accusera personne, elle ne demandera pas aux PJ d'agir sur son fils, et elle ne leur demandera pas de lui parler. Elle a une décision à prendre et c'est la sienne.

Acte IV — Les quatre sorties
Ce sont les siennes, pas celles des PJ. Les PJ ne décident de rien ici : ils répondent à une question, une fois, et ils regardent.
Ce qui la fait basculer
Ce que ça donne
Elle s'inscrit
Un PJ a répondu oui , et il n'y a plus de secret à protéger.
Atelier, lumière, tarif. Deux cent quarante masques par an au lieu de soixante , et personne dans cette profession ne saura jamais à qui il le doit. Ses yeux tiennent. Et son fils rentrera un soir chez une mère qui sait — ce n'est pas la scène des PJ et il ne faut pas la jouer.
Elle continue
Un PJ a esquivé, ou personne n'a été là.
Soixante masques, la nuit, à la chandelle. Moins d'un an. Puis plus rien : elle s'arrêtera parce qu'elle ne verra plus, et soixante hommes reprendront un masque qui gratte, et ils l'ôteront une minute pour se frotter la joue.
Elle est verbalisée
Les PJ empêchent Vaslin d'entrer, ou le dénoncent, ou s'en mêlent maladroitement.
Amende, interdiction, cessation immédiate. Le résultat de la ligne précédente, en quatre jours au lieu d'un an. Vaslin en sera sincèrement navré.
Les PJ paient
Racheter les soixante masques, financer l'huile, engager quelqu'un pour coudre.
Ça marche six mois . Ce n'est ni la lumière, ni la table, ni la légalité — c'est de l'argent, et le problème n'est pas de l'argent. Une bonne action qui ne répare rien, ce qui est le tarif habituel de cette campagne.

Fin
Une image, dans les deux cas, et c'est la même.
Un homme du bureau s'assoit près d'une fenêtre. On lui dit de ne pas parler. Quelqu'un lui prend sept mesures, les note, les relit à voix haute, et lui demande de quel côté il dort.
Ça dure quatre minutes.
Puis, ou bien il y a une fenêtre d'atelier à la Prospérité et il y en aura encore dans dix ans, ou bien il y a une chandelle très près de l'ouvrage et une seconde allumée alors qu'il fait jour.

Discipline de MJ
Sédile ne se plaint jamais. Pas une fois, sur aucun sujet : ni ses mains, ni ses yeux, ni son fils, ni l'argent. Elle répond aux questions et elle continue à coudre.
Elle ne confirme jamais qu'elle sait. Même après avoir posé sa question. Même si un PJ le lui dit en face. Elle hoche la tête et elle change de sujet. Le seul indice est qu'elle a posé la question.
Vaslin est un homme bien. Il a raison en droit, il est de bonne foi, il reconnaît un meilleur ouvrage que le sien en dix secondes et il le dit. Ne le jouez pas en corporatiste borné : la séance n'a pas de méchant et n'en a pas besoin.
Ne faites pas parler de Renaud Sesque. Personne dans ce fichier ne connaît ce nom, personne ne fait le lien, et la table le fera toute seule ou pas du tout.
Ne comptez pas les vies sauvées à voix haute. Ni un PNJ, ni le MJ. C'est un fait du monde, pas une morale.
Ce qu'il ne faut pas faire
Ne faites pas de la mesure une méthode secrète. N'importe qui pourrait le faire. Personne n'y a pensé pendant quatre cents ans parce que ce n'est pas un problème de masquier : c'est un problème de couturière, et les deux métiers ne se parlent pas.
Ne mettez pas de bête dans ce scénario. Aucune. C'est le seul fichier de tout le corpus du miasme où il n'y en a pas une seule, et c'est délibéré.
Ne faites pas Fromond apparaître. Il n'est pas là de toute la séance. On voit son masque sur la table, refait quatre fois, hors cahier. Ça suffit.
Ne récompensez pas la réponse oui. Elle ne remercie pas. Elle pose son ouvrage un instant, puis elle le reprend.
Ne rendez pas ses yeux. Aucun rite, aucune guérison, aucune Sainte. Ce qui est usé est usé et ça n'a rien à voir avec le Mythe.

Comptes à rebours
Compte à rebours
Type
Valeur
Déclencheur
À 0
Vaslin
progression
8 (un par jour)
Le lever du jour
Il repasse, et il faut une réponse
La chandelle
conséquence
(aucun décompte : c'est moins d'un an, et ça ne se joue pas au cadran)
Ni Ferveur, ni Bûcher, ni Peur en combat.
Adversaires
Aucun, et pas de bête non plus. Le seul fichier du miasme dont ce soit vrai.
Actes de Peur
1.
1 Peur — la seconde chandelle. Le MJ décrit qu'elle en allume une deuxième alors qu'il fait encore jour. Sans commentaire.
2.
1 Peur — trois tailles. « On fait des masques depuis quatre cents ans et on fait trois tailles. »
3.
1 Peur — le masque hors cahier. Un PJ s'aperçoit qu'un des masques de la table ne correspond à aucune des soixante mesures.
4.
1 Peur — la question. « Est-ce qu'il en a besoin ? » Elle ne s'arrête pas de coudre. Le MJ attend.
Corruption & Veille
Aucune Souillure nulle part , sauf ceci :
Répondre oui à sa question : aucune Souillure non plus. C'est la troisième règle du bureau enfreinte, ça ne coûte rien mécaniquement, et c'est le seul bien franc que les PJ auront fait dans tout ce corpus.
Aucun mort, aucune Veille, aucun esprit, aucune remontée.
Ce que le scénario laisse derrière lui
Soixante hommes qui gardent leur masque huit heures , ou qui recommencent à l'ôter une minute pour se frotter la joue.
Un cahier de mesures , jamais utilisé par personne d'autre.
Une fenêtre d'atelier à la Prospérité, ou une seconde chandelle allumée en plein jour.
Et une chose qu'il ne faut pas dire à la table, et qu'un joueur finira par dire : dans toute cette histoire, tout le monde tient un registre. Un vieux commis, une merciere, un copiste, une enfant de onze ans, une couturière. Il n'y en a qu'un qui ait gardé quelqu'un en vie.
Notes d'après-partie
(à remplir : ce qu'un PJ a répondu à sa question, si elle s'est inscrite, ce qu'un joueur a remarqué dans la pièce, et de quel côté dort son personnage.)