Les Prières froides
Note La chasse
statut en vigueur — cadre de métier des PJ. N'ajoute aucun compteur.
sujet la chasse aux bêtes du miasme : la licence, le tarif, la boucle de séance, les trois issues
sources ../univers/le-miasme.md (le phénomène) · ../regles/corruption.md (la Souillure = le Stress) · ../regles/esprits-et-vocation.md (les Veilleurs) · lael_01 p.76-77 (Office royal-divin des créatures étranges), p.110 (les masques, les miasmes) · DH VF p.99 (poignée d'or)

La licence dit : « autorisé à écarter les bêtes issues du miasme, sur le territoire des sept terrasses, contre remise de pièce » .
Elle ne dit pas ce que c'est qu'une bête. En deux siècles, personne n'a eu besoin de le demander.
C'est le métier des PJ. Ce n'est pas leur vocation — leur vocation est un crime capital (`esprits-et-vocation.md`) . C'est ce qu'ils font pour vivre, ce qui les fait entrer dans les maisons, ce qui leur donne le droit d'être dehors la nuit avec une arme, et ce qui explique à chaque voisin pourquoi ils sont là.
Le phénomène est décrit dans ../univers/le-miasme.md et il faut l'avoir lu.

1. Le métier
L'ordonnance a deux siècles. Pendant deux siècles, elle a couvert six licences dans toute la ville, transmises de père en fils, pour un problème local qui ne dépassait pas la brèche.
Il y en a deux cent quarante aujourd'hui, et il y en avait six il y a dix-huit mois.
Ce que ça produit : un métier en pleine expansion, exercé en majorité par des gens formés en trois jours, avec une mortalité que le bureau ne publie pas et une paie meilleure que celle d'un schlitteur. On y entre parce qu'on a faim. On y reste parce qu'on est bon, ou parce qu'on n'est plus employable ailleurs.
Une équipe fait entre deux et cinq contrats par semaine. Quatre sur cinq sont des menues et n'ont aucun intérêt. C'est le fond du métier et il faut que la table le sache : le travail est répétitif, mal payé, et il se passe surtout dans des couloirs.
2. La plaque
La licence est délivrée par l' Office royal-divin des créatures étranges — le même pavillon des jardins du palais qui délivre la Déclaration (`../cadre/menus-ascendances.md`) , le même commis, la même série de numéros, le même plomb.
Un PJ d'ascendance non humaine porte donc deux plaques de plomb au cou. L'une dit qu'il chasse. L'autre dit ce qu'il est. Elles ont été poinçonnées à deux ans d'intervalle par le même homme, à la même table, et il n'a pas trouvé ça étrange.
C'est une des meilleures scènes muettes disponibles : un joueur qui pose ses deux plaques sur un comptoir pour qu'on les vise, et qui les reprend dans l'ordre.
La plaque autorise, en toutes lettres : porter une arme dans l'enceinte, circuler après la fermeture des échelles, entrer dans un logement sur réquisition d'un voisin, et manipuler un corps en attendant le Temple .
Cette dernière ligne est la plus importante de tout le fichier. Voir §6.
3. Le tarif, et la preuve
On est payé à la rubrique — c'est-à-dire à la forme — et jamais au danger. Le tarif est imprimé au dos de la licence et il n'a pas bougé depuis Célestial III.
Rubrique
Ce que le règlement en dit
Prix
Ce que c'est vraiment
I — la menue
« bête de petite taille, sans attache constatée »
⅓ de journée pièce
Un sentiment courant, petit, chez quelqu'un qui habite à côté. ../bestiaire/la-menue.md
II — la suivante
« bête attachée à un particulier, le suivant en tous lieux »
4 journées
Un sentiment fort chez une personne vivante et trouvable. ../bestiaire/ce-qui-aide.md
III — la logée
« bête attachée à un lieu, n'en sortant pas »
20 journées , contestées à chaque fois
La personne est morte. Le sentiment ne s'est pas arrêté. L'Office croit que c'est une question de lieu. ../bestiaire/la-logee.md
IV — la grosse
« toute bête que l'estimateur ne peut ranger aux rubriques précédentes »
100 journées
Trois réclamations en deux cents ans, deux refusées. Les bons chasseurs savent que rubrique IV veut dire l'estimateur a eu peur.
*Conversion : comptez qu'une poignée d'or de Daggerheart vaut une dizaine de journées d'artisan. C'est une décision d'atelier, pas une règle du livre — ajustez-la à votre table.*
Et le tarif de l'autre côté , qui ne figure sur aucun règlement : trente journées pour faire semblant de vous le rendre — trois soirées, une pièce chaude et de bonnes questions. ../sessions/hors-arc-trente-journees.md . Ça ne rend rien, ça n'est pas un délit, et ça marche.
La preuve
Une bête abattue ne laisse pas de corps. Elle laisse de la cendre qui n'est pas de la cendre, et qui ne se ramasse pas.
On rapporte donc l'objet. Celui autour duquel elle avait pris forme (`../univers/le-miasme.md` §3, règle 6) : une botte, une épingle, un morceau de volet, une anse. Le commis l'étiquette, le numérote, le range.
La salle du fond du bureau des bêtes contient cinq mille objets domestiques étiquetés. Ils sont classés par date et par rubrique. Personne, jamais, n'a demandé à qui ils avaient appartenu — et le renseignement est intégralement là, dans l'ordre, gratuit, sur des étagères, depuis deux cents ans.
C'est un lieu de scénario entier et il est écrit : `../sessions/hors-arc-a-qui-etait-celui-la.md` , arc III. L'Office ordonne de vider la salle en quatre jours pour loger la nouvelle embauche, et le renseignement n'est de toute façon pas dans les étiquettes : il est dans le commis qui les a écrites.
4. La chasse, à la table
Trois temps. Le deuxième est le jeu ; le premier et le troisième sont courts.
Temps 1 — le contrat
Le bureau donne trois choses : une rubrique , une adresse , et une description .
La description est toujours fausse. Elle vient d'un témoin qui a eu peur dans le noir et qui l'a racontée à un commis qui écrit vite. Elle n'est pas fausse par malice ni par mystère : elle est fausse comme un signalement est faux. Un MJ qui la rend exacte a supprimé la séance.
Temps 2 — nommer
C'est le cœur du métier et la vraie boucle de jeu.
La question n'est pas quel sentiment ? — c'est trop facile et ça ne se joue pas. La question est de qui ?
On la résout comme une enquête de voisinage : à qui appartient l'objet, qui habitait la pièce, qui était là la nuit du 8, à qui manque une botte. Jets de Présence et d'Instinct, portes qu'on frappe, gens qui mentent pour des raisons sans rapport.
Un PJ qui peut nommer la personne obtient l' avantage sur tous les jets contre la bête, et ça vaut mieux qu'une arme. Il peut en outre tenter la seconde issue (§4, temps 3).
Un PJ qui se trompe de personne et le déclare à voix haute : le MJ gagne 1 Peur , et il y a quelqu'un d'innocent qui sait maintenant qu'on le soupçonne.
Voir (`esprits-et-vocation.md` §1) ne donne pas le nom. Ça donne la direction et l'ancienneté. Les Veilleurs sont de très bons chasseurs et ça ne les dispense de rien.
Le combat est ce qui arrive quand on n'a pas nommé à temps, ou quand on a choisi de ne pas essayer parce que le tarif ne le paie pas.
Temps 3 — les trois issues
ABATTRE. Légal, payé, propre, rapide. La bête finit. Le sentiment est dépensé : la personne ne l'aura plus jamais, ne le saura jamais, et personne ne peut le lui rendre. → Paie à la rubrique. Aucune Souillure. Aucun esprit.
RENDRE. Il faut avoir nommé la personne, la trouver, et être avec elle. Ça arrive d'un coup, en entier, et c'est une heure épouvantable pour quelqu'un qui n'avait rien demandé. → 2 Souillure pour le PJ qui le fait. Aucune paie — le bureau considère le contrat non exécuté et peut retenir l'avance. La personne garde ce qui est à elle. C'est la seule issue qui laisse quelqu'un entier, elle coûte, elle ne rapporte rien, et personne ne dira merci.
LAISSER. Ça ne s'arrête pas. Ça se nourrit, et le sentiment grossit aussi dans la personne . Trois semaines plus tard, le bureau envoie une autre équipe, moins bonne. → Le MJ gagne 1 Peur à la fin de la séance et note l'adresse. Elle revient.
La quatrième issue, celle que personne ne prend : dire à la personne ce qui s'est passé. Ce n'est pas interdit par l'ordonnance. C'est simplement la troisième règle du bureau (§8), et aucun chasseur vivant ne l'a jamais fait deux fois.
5. Ce que ça coûte
Aucun compteur nouveau. Aucune piste nouvelle. La Souillure est le Stress (`corruption.md`) et elle le reste.
Une scène passée dans la remontée : 1 Souillure. Comme le cratère, comme la brèche. C'est tout ce qu'il y a à retenir.
Une scène dans le bouillon , au fond de la brèche : 2 .
Perdre son masque dans une remontée épaisse : rien d'immédiat. Voir ../bestiaire/le-confrere.md .
Le sirop efface 3 Souillure sur-le-champ, coûte quatre journées, et il y en a à vendre à cinquante pas du bureau (`la-cendre.md` §2) . Un chasseur bien payé est un client. C'est la boucle économique la plus honnête de la campagne et il ne faut jamais la commenter.
6. La couverture — pourquoi les Veilleurs finissent chasseurs
Section MJ.
Relisez la ligne de la plaque : manipuler un corps en attendant le Temple.
Un Veilleur a besoin d'être près des morts, d'entrer chez les gens, d'être dehors la nuit, de toucher ce que personne ne touche et d'avoir une raison de tout ça. La licence de chasse est la meilleure couverture disponible à Laelith , et de très loin. Ce n'est pas un hasard si les PJ l'ont.
Ce n'est pas non plus un hasard tout court.
Frère Omnos le sait. Il n'a pas créé la licence — elle a deux cents ans — mais il a compris il y a quatre ans que la profession attirait exactement les gens qu'il cherche, et il a cessé de demander sa suppression. Le registre des licences est un filet , tenu à jour, numéroté, avec les adresses.
C'est pour ça que le Bûcher est un compte à rebours long et pas une arrestation. On laisse courir. On relève. Un jour on ramasse la nappe.
À jouer : le bureau des bêtes reçoit, deux fois par an, la visite polie d'un clerc du Crâne qui vérifie les numéros. Tout le monde trouve ça normal. Le régisseur lui offre un bol.
7. Ce que ça change dans les quatre arcs
Rien n'est à réécrire. La chasse est la surface de la campagne ; la trame est dessous.
Arc
Ce que la chasse y fait
I — Les rues froides
Le métier, en entier, tel quel : des menues, des couloirs, du tarif. C'est ce qui donne au groupe une raison d'être ensemble, un revenu et une adresse. La première veille de la séance 1 a lieu en marge d'un contrat.
II — La Sainte Muette
Les contrats mènent aux jardins du Dénuement parce que c'est là que ça sort le plus — et c'est faux : ça sort partout, mais c'est là que les gens ressentent le plus fort. Une équipe de chasseurs est le meilleur moyen d'entrer chez Nél sans le vouloir.
III — Le Verrou froid
La remontée passe la Main qui travaille et monte. Le bureau embauche n'importe qui. La salle des cinq mille objets devient jouable. Et un joueur, un soir, regarde par la fenêtre et comprend qu'il lit un compte à rebours.
IV — Le Choix
Le miasme est partout, le bureau ne paie plus, et la question du métier devient la question de la campagne : est-ce qu'on retire à cinq cent mille personnes ce qu'elles ressentent pour qu'elles tiennent ? C'est exactement le choix de la séance 18, en petit, et les PJ y répondent depuis quinze séances sans le savoir.
8. Le bureau des bêtes
Rez-de-chaussée de la halle aux suifs , au bord de la terrasse du Châtiment. Ça sent le suif fondu, c'est chaud, il y a de la soupe à toute heure et c'est le seul endroit du métier où on est bien. Le fragment de beauté est là et il faut y revenir à chaque séance.
Qui
En une ligne
Le régisseur Aubry Lestang
Signe le tarif, tient la caisse, n'est jamais sorti un mauvais soir. Il connaît le prénom des deux cent quarante et il pleure quand il en raye un, à son bureau, seul, puis il raye.
Maître Ythier Bosc
Commis de l'Office, quarante ans à la même table. Poinçonne les plaques — les licences et les Déclarations. Il tutoie les gens gentiment et il est la première pièce du filet.
L'estimateur
Change tous les six mois. Décide de la rubrique, donc de la paie. Personne ne l'aime. Il a raison plus souvent qu'on ne le dit.
La soupe
Tenue par une femme dont personne ne connaît le nom parce qu'on l'appelle la soupe . Elle sait qui est mort avant le bureau.
Les trois règles du bureau
Elles ne sont écrites nulle part et tout le monde les connaît.
1.
On ne travaille pas sans masque. (Ce qu'il en coûte : `../bestiaire/le-confrere.md`.)
2.
On ne travaille pas seul. (`../sessions/hors-arc-on-ne-travaille-pas-seul.md` — un garçon de dix-neuf ans qui n'a personne avec qui.)
3.
On ne dit rien à la famille. (`../sessions/hors-arc-on-ne-dit-rien-a-la-famille.md` — où la famille est le client.)
La troisième est celle que les PJ vont enfreindre, et la campagne devrait leur donner une occasion propre de le faire vers la séance 6 — sur quelqu'un de gentil, pour de bonnes raisons, sans que le MJ ait besoin d'en tirer quoi que ce soit.
9. La règle d'or du MJ
La plupart des contrats ne cachent rien.
Si chaque bête est un fil de la trame, le métier n'existe pas et les joueurs cesseront de le jouer au bout de trois séances. Sur cinq contrats, quatre sont du travail : une menue dans un escalier, une paie, une soupe, on rentre.
Le cinquième est le scénario. Les quatre autres sont ce qui rend le cinquième supportable — et ce sont eux qui font que les joueurs connaissent les rues, les voisins et les prénoms quand quelque chose finit par arriver.
La séance qui montre tout ça : `../sessions/hors-arc-quatre-journees.md`. Trois contrats dans une journée — une routine, une fausse alerte, et le troisième. C'est la séance à mener en premier pour apprendre le métier à une table.
Et son contrechamp : `../sessions/hors-arc-ca-prend-combien-de-temps.md`. Ce que donne le métier fait vite, bien et sans jamais nommer, sur une seule échelle, en trois mois — par l'équipe qui a la plus faible mortalité du bureau.
10. Points ouverts
1.
Le tarif est-il assez mauvais ? Payer la menue ⅓ de journée doit rendre le fond du métier humiliant. Si la table trouve ça généreux, baissez : le but est qu'un PJ compte les bêtes.
2.
Rendre à 2 Souillure , est-ce trop cher au palier 1 ? Peut-être. Ne baissez pas : c'est le seul prix de la campagne qui achète quelque chose de bien, et il faut qu'il se sente.
3.
Nommer donne l'avantage — un groupe qui joue bien l'enquête rendra les combats faciles. C'est voulu et il faut le dire en session zéro, sinon un joueur croira que le MJ triche pour lui.
4.
Faut-il tenir une liste des personnes dépossédées ? Une liste publique, comme les rues froides, qui s'allonge d'un nom par bête abattue. C'est tentant, c'est lourd, et ça transformerait la campagne en comptabilité morale. Repli recommandé : trois noms maximum sur toute la campagne , choisis par le MJ, revus une fois chacun.